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dimanche 7 septembre 2014

Sur France 2, le 9 septembre à 22:40 - Documentaire : Tête haute, huit mois de bagarre

France 2 diffuse le mardi 9 septembre dans Infrarouge à 22:40 Tête haute, huit mois de bagarre.
Réalisé en 2013 par Yves Gaonac’h, ce documentaire de 58 minutes raconte l’histoire d’une lutte victorieuse dans l’industrie, celle des ouvriers des Fonderies du Poitou, sous-traitants fondeurs de culasses pour l’industrie automobile, qui se sont vus proposer de réduire leurs salaires de 25%. Ils ont choisi de se battre et de mettre leur principal donneur d’ordres, Renault, devant ses responsabilités. Leurs 8 mois de lutte pour une reprise des fonderies racontent l’espoir et l’avenir.
Ce documentaire a été projeté le 7 février dernier en ouverture du 5e festival Filmer le travail à Poitiers.

La rente indue de la finance

Le «  coût du travail  » sert d’alibi à toutes les politiques d’austérité. Le coût du capital, lui, est passé sous silence. Pourtant, son impact est exorbitant. Sur l’activité économique. Sur notre modèle social et environnemental aussi… Imposé notamment par les entreprises du CAC 40, il affecte jusqu’aux plus petites sous-traitantes, et même l’action publique.
Un article d’Émilie Turck paru dans le supplément de la NVO.

Deux éléments, deux facteurs de production sont nécessaires à la création de richesse  : le travail et le capital. Tous deux sont rémunérés et représentent donc un «  coût  » pour l’entreprise. Le «  coût du travail  » nous est familier  : il revient en permanence depuis plusieurs années dans les propos des gouvernants, des patrons et d’un certain nombre d’experts pour expliquer la crise économique et la baisse de la croissance. Et surtout, pour justifier des réformes qui tendent invariablement à aller dans le sens d’une réduction de la rémunération du travail, des qualifications, des salaires, en particulier de leur part «  socialisée  » sous la forme des cotisations sociales, qualifiées de ruineuses pour la croissance économique. Mais l’autre coût, celui du capital, est passé sous silence. Le Medef ne s’en plaint pas. Pourtant, son impact sur l’activité économique est énorme et court des entreprises du CAC 40 jusqu’aux plus petites sous-traitantes, affectant même l’action publique.

Coût économique, coût financier

Pour bien comprendre de quoi il est question quand on parle du coût du capital, il faut tout d’abord distinguer le coût économique du coût financier. Le coût économique concerne l’ensemble des moyens de production  : machines, bureaux, usines, moyens de transport, infrastructures, brevets industriels, etc., que l’entreprise doit fabriquer ou acquérir, entretenir et remplacer quand ils sont usés ou dépassés par le progrès technique. Ce que l’on appelle couramment les «  dépenses d’investissement  » représente en quelque sorte le «  vrai  » coût du capital, dans le sens de «  capital productif  ».
Mais la dépense ne s’arrête pas à ce coût économique. Lorsqu’elles veulent acheter et mettre en œuvre ces moyens de production, les entreprises doivent aussi rémunérer les personnes ou les institutions qui leur ont procuré de l’argent. Cet argent vient soit de prêteurs, comme les banques, soit d’actionnaires (fonds d’investissement, d’épargne mutuelle, fonds de pension, compagnies d’assurances). Ainsi, un coût financier s’ajoute au coût économique. Il consiste en intérêts versés aux prêteurs et en dividendes versés aux actionnaires pour rémunérer leurs apports en liquide lors des augmentations de capital, ou lorsqu’ils laissent une partie de leurs profits en réserve dans l’entreprise.
Les intérêts des prêts et les dividendes ont comme première justification de couvrir le risque encouru par les prêteurs et les actionnaires de ne jamais revoir leur argent, en raison de la possibilité de faillite de l’entreprise. C’est ce que l’on appelle le «  risque entrepreneurial  ». La seconde justification est qu’il y a une gestion administrative de l’activité financière – un service – qui consiste à transformer et aiguiller l’épargne liquide vers les entreprises. On admet donc que le coût financier rémunère en quelque sorte du risque, de l’expertise et du travail administratif.

La «  rentabilité  » du capital

Mais il y a toute une partie de ce coût global du capital qui ne se justifie par rien et vient surcharger inutilement le «  vrai  » coût. C’est de la rente indue, un «  surcoût  » du capital qui se chiffre à environ 100 milliards d’euros annuels, soit, selon le mode de calcul utilisé, entre 50 et 70 % du coût total du capital pour l’entreprise. Pour prendre un exemple concret, quand une machine coûte 100 euros par an (avec la marge de profit), l’entreprise paye entre 150 et 170 euros parce qu’elle doit verser une rente injustifiée économiquement aux apporteurs d’argent que sont les actionnaires.
La finance a en effet ce pouvoir exorbitant d’imposer aux entreprises le versement de cette rente à un niveau qu’elle fixe elle-même et qu’elle appelle «  rentabilité du capital  ». Nasser Mansouri-Guilani, économiste de la CGT, résume  : «  Avec les mesures de déréglementation et de libéralisation des économies, les marchés financiers ont pris du pouvoir et désormais la logique financière l’emporte sur la logique industrielle. Auparavant, on commençait par produire, puis avec l’argent de cette production on rémunérait le capital. À présent, la rémunération du capital est devenue le but ultime de l’entreprise, et l’orientation de la production, c’est-à-dire ce qu’il convient de produire, où (ici ou à l’étranger) et avec quels moyens se fait en fonction de l’intérêt de la finance.  » L’exigence de rentabilité augmente et, avec elle, la part des dividendes et donc le coût global du capital. Pourquoi  ? Parce que les capitaux peuvent se déplacer rapidement, et donc «  exercer une pression avec laquelle ils s’imposent partout […], puisque l’exigence vis-à-vis des entreprises du CAC 40 s’impose aussi, par ricochet, aux sous-traitants  ». La norme financière place la barre très haut pour les projets d’entreprise, dont le seuil de rentabilité doit désormais avoisiner les 15 % du capital investi.

Transfert de richesses

On assiste ainsi, depuis une trentaine d’années, à un transfert de richesse qui est passé de 3 % de la valeur ajoutée française en 1980 à 9 % aujourd’hui, et qui ne sert pas à investir dans le développement économique ni à augmenter les salaires et le pouvoir d’achat. Le gâchis est énorme, explique encore Nasser Mansouri-Guilani. «  Le potentiel productif ne se développe pas, car les moyens de production stagnent. Le rythme de croissance économique s’affaiblit. Là encore, les statistiques sont parlantes  : jusqu’au milieu des années 1970, le taux de croissance économique annuel était de l’ordre de 5 à 6 %. Après, on est tombé à 2 % et depuis 2008, on tend vers 0 %. Le PIB français (2000 milliards d’euros environ) est au même niveau qu’en 2007. L’économie fait du sur-place. D’où l’explosion du chômage et l’appauvrissement d’une grande partie de la population.  » Ainsi, le capital a un coût, non seulement économique et environnemental, mais également social.

Valoriser le travail

Alors, comment sortir de l’impasse économique créée par la financiarisation du capital  ? Pour l’économiste de la CGT, «  si on dit que la hausse de la part des profits dans la valeur ajoutée résulte du développement des marchés financiers, de la déréglementation, de la globalisation, cela veut dire qu’il faut maîtriser les marchés  ». Même les tenants du libéralisme pur et dur admettent que c’est nécessaire, et une intervention de l’État ne les gênerait pas, à condition que ce soit au service de leurs intérêts. C’est donc par le rapport de force entre les intérêts capitalistes et ceux des travailleurs que cette intervention publique peut réellement changer la donne. « On ne peut pas accepter un mode de développement qui détruit les emplois et le potentiel productif, conclut Nasser Mansouri-Guilani. Pour y mettre fin, il faut valoriser le travail et dévaloriser le capital. Dans l’histoire, cette dévalorisation du capital au profit du travail s’est opérée, en France, par la création de la Sécurité sociale, par l’idée du progrès social comme finalité ultime de l’économie.  » Valoriser le travail, c’est réaffirmer l’objectif d’une Sécurité sociale de qualité pour tous, contre l’argument des «  charges sociales  » qui seraient trop élevées. C’est exiger un Smic à 1 700 euros, des formations qualifiantes et des emplois qualifiés, des moyens de production développés par l’investissement. C’est remettre l’humain au cœur de l’économie. Le défi est de taille.

mercredi 3 septembre 2014

CGT - Le gouvernement parle des chômeurs... pas du chômage !

Cinq bonnes raisons de défendre les 35 heures

Si Matignon a pris soin de démentir le tout nouveau ministre de l’Economie en assurant qu’il ne toucherait pas aux 35 heures, il a néanmoins indiqué qu’on ouvrirait des négociations par branche pour déroger à la durée légale du travail. Sous la pression du Medef, depuis le gouvernement Fillon de nombreuses dérogations aux 35 heures ont été imposées. Ce qui est en jeu pour le patronat en supprimant une fois pour toutes la référence aux 35h, c’est d’obtenir la suppression des obligations de majoration pour les heures supplémentaires.

Arguments

Beaucoup de choses ont été dites, surtout, beaucoup de bêtises, à propos de la loi Aubry sur les 35 heures. Accusée à tort et sans preuves de nuire à la compétitivité des entreprises, elle n’a cessé depuis son adoption de faire l’objet d’attaques et de remises en cause. Pourtant, régulièrement, des enquêtes d’opinion montrent l’attachement des salariés à la réduction du temps de travail.
Voici 5 bonnes raisons de défendre la réduction du temps de travail. Celles ci sont étayées par des études et des chiffres officiels. Cet argumentaire est également en ligne sur le site de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT.

1 En France, la durée moyenne hebdomadaire pour l’ensemble du salariat à temps complet est de 39,5 heures

C’est ce que relève la dernière enquête sur le temps de travail de la DARES.Elle est donc supérieure à la durée légale hebdomadaire de 35 h (ou 1 600 h par an).
Entre 2003 et 2011, elle a augmenté pour toutes les catégories socioprofessionnelles :
- ouvriers (+2,3%)
- employés (+2,2%) ;
- profession intermédiaire (+4,3%) ;
- cadres (+5,8%).
Pour les cadres, l’horaire hebdomadaire est passé de 42,6 h en 2003 à 44,1 h en 2011.
Et l’horaire annuel passe pour les cadres de 1765 h (2003) à 1867 h (2011). Cette augmentation du temps de travail s’explique notamment par l’extension du forfait jour à l’ensemble des salariés introduite par les gouvernements Fillon. Ainsi, entre 2003 et 2011, le nombre de salariés en forfait jours est passé de 5 à 12,5%. Pour les seuls salariés en forfait jours l’horaire annuel est de 1 939 heures ! A noter que ces chiffres tiennent compte des jours RTT supplémentaires accordés aux cadres en forfait jours.
Le travail de nuit augmente également
3,5 millions de personnes, dont plus d’un million de femmes, travaillent régulièrement la nuit, selon la Dares, soit un million de plus qu’il y a 20 ans. Parmi les salariés amenés à travailler de nuit, il ne s’agit plus d’une modalité occasionnelle mais d’une organisation du travail régulière (la proportion de travailleurs nocturnes « habituels » a doublé en 20 ans).
Le travail s’intensifie
L’intensification du travail générée notamment par les changements organisationnels incessants et un rythme de travail de plus en plus contraint est une réalité partagée par de plus en plus de salariés.
Ainsi, selon la DARESla part des salariés dont le rythme de travail est imposé par un contrôle ou un suivi informatique est passée de 25% en 2005 à 35% en 2013. Cette hausse est plus sensible pour les cadres (+12 points) et les professions intermédiaires (+13 points).
L’enjeu aujourd’hui est donc d’obtenir une effectivité de la réduction du temps de travail (en particulier pour les ingénieurs, cadres et techniciens).

2 En faisant sauter la durée légale du temps de travail, on baisse les salaires

Aujourd’hui, les employeurs disposent des souplesses nécessaires pour augmenter le temps de travail des salariés au-dessus de 35h, dans la limite de 48h par semaine ou de 44h sur une durée consécutive de 12 semaines.
Ces limites disparaissent même pour les salariés en forfait jours. Par contre, dès lors que l’on dépasse les 35h, les heures supplémentaires doivent être majorées.
En supprimant la référence aux 35h, le patronat veut obtenir la suppression des obligations de majoration pour les heures supplémentaires.

3 La baisse du temps de travail s’est accompagnée d’une hausse de la productivité

Selon l’INSEE, les 35h sont à l’origine de gains de productivité de 4 à 5% pour les entreprises.
Suite aux 35h, en 2004, la France se place au 2ème rang mondial pour la productivité horaire du travail (devant les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, le royaume Uni, l’Italie,…) et à 20% au-dessus de la moyenne Européenne.

4 La baisse du temps de travail est un levier de création d’emploi

Entre 1998 et 2002, la mise en place des 35 heures a permis la création d’environ 350 000 emplois supplémentaires, selon une étude de la DARES publiée en 2007. Auxquels il faut ajouter près de 50 000 emplois indirects dans les secteurs du sport, des loisirs, et du tourisme.
« Les 35h n’ont pas eu d’impact négatif sur les coûts salariaux. Les coûts salariaux unitaires (masse salariale sur valeur ajoutée) ont baissé de 10% entre 1996 et 2002, liés aux allègements de charges et aux gains de productivité », soulignait ainsi Martine Aubry en 2004.
En ramenant la durée effective moyenne hebdomadaire du travail de 39,5 h (durée moyenne actuelle) à 35 h cela libèrerait l’équivalent de 2,7 millions d’emplois.

5 Si le patronat souhait faire travailler plus les salariés, qu’il s’attaque aux temps partiels…

Le gouvernement et le patronat feraient mieux de s’attaquer aux temps partiels qui explosent et concernent maintenant 18% des salarié-e-s (dont 80% de femmes !).
Les temps partiels sont aujourd’hui le 1er facteur d’inégalité salariale entre les femmes et les hommes.
Pourtant, les emplois à temps partiels bénéficient à plein des exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires.
Les emplois à temps partiels sont donc subventionnés par les pouvoirs publics.

Droit ouvrier de septembre 2014


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